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 Les meneurs de loups

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Luna
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MessageSujet: Les meneurs de loups   Sam 19 Aoû 2006, 16:33

Le meneur de loup
Claude Seignolle, in conteur de loups, édition Hesse, 1987


C’est sur la fin d’une journée de ce terrible hiver 1870, frappé d’un triple malheur : l’invasion, la famine et le froid, qui enfantent à leur tour cent et mille autres peines.
Ses grands doigts de glace profondément enfoncés dans la terre, le froid se cramponne sur la Sologne et s’attarde à pondre son frimas sur l’échine du pauvre monde. Visible en buées au contact des bouches, il ballotte son grand corps fluide au gré des vents mordants. Sa souveraineté sur les mois d’hiver a des exigences cruelles. Il se roule, se prélasse sur tout. Dans les bois, ses jeux font naître les douleurs sourdes des grands arbres aux branches déjà blessées par la foudre des jours d’été et brisées par les colères des vents d’automne. Les jeunes sapins à la chair tendre éclatent à cris secs, sonores. L’homme entend cette annonce de ruine et blêmit, impuissant.

Chez les pauvres gens, cet hiver a achevé bien des vieillards et repris les quelques jours de vie de bien des nouveau-nés. Les fossoyeurs doivent appuyer de toutes leurs forces sur les membres raidis, ces branches d’hommes, pour les couchers dans le cercueil de sapin au parfum de printemps. En ouvrant le sol durcit, ils jurent contre le froid qui, pour se gausser, mord les oreilles et leurs mets de ridicules glaçons dans les moustaches. La terre prend un peu de repos entre ses deux peines d’automne et de printemps, avant que la charrue ne vienne déchirer, en fines et longues lanières, son ventre à nouveau mou. Les bonnes gisent flanc à flanc, sur un épais tapis lit de paille souple, dans la douce chaleur des étables aux murs crépis de bouses. Les Bêtes sauvages viennent rôder près des fermes, poussées par la faim qui leur noue les entrailles comme le froid noue le mal dans les poitrines.
Et les bûcherons n’osent guère s’aventurer à des abattages lointains, dans la crainte de rencontrer le loup qui jette la terreur en déchirant ses hurlements sur ses crocs avides d’entrailles et de chair.
La locature des bâtards ne vit, dans son aspect extérieur, que par la fumée de son tas de fumier recroquevillé contre la porcherie. Une neige brillante uniformise la cour et les toits. En étanchant sa soif, le froid a changé la marre vaseuse en un bloc de glace sombre. Prit au piège, un vieux seau dort paisiblement, l’anse repliée sur ses flancs fatigués. Un long trait de glissade sur la glace apprend au passant que le fermier a des enfants jeunes et vigoureux. Face à la porcherie, faisant bande à part, sont les bâtiments plus nobles : la grange vaste et pleine d’herbe de vie, garde manger aux effluves grisant ; puis, tout contre, l’étable avec ses lents bruits de chaînes et ses meuglements sourds. Les bâtiments où logent Ribaud et sa famille dominent les dépendances et en sont séparés par une courette où la niche du chien voisine avec deux marmites ébréchées, remplies de ferrailles mariées entre elles par la rouille cupide.
Sans le souffle blanchâtre de la cheminée, l’haleine brumeuse du fumier et les geignements du bétail, on eût pu croire la ferme abandonnée.
Sur le chemin de boue figée, recouvert par une neige souple, marche un homme, grand et large d’épaules, suivi de loin par des animaux à peine visible dans le crépuscule. En vu des bâtards, il s’arrête et arrête son troupeau, puis avance il seul dans la cour. Il va fièrement. Le bois de ses sabots crisse. En approchant, il voit que la flamme du foyer projette une ombre rousse sur les vitres de la grande salle.
Arrivé contre la porte, il la heurte du poing, sans marquer d’hésitation.
-…Entrer…dit une voix à l’intérieur.
Il pousse la porte, elle résiste.
-Entrez…répète la voix en se faisant plus rude…Poussez de l’épaule, on dirait que cette maudite glace veut tout pour elle.
D’une lourde jetée d’épaules l’homme repousse le panneau de chêne qui craque puis cède.
La salle de ferme apparaît, pleine d’une étonnante vie. Le feu besogne à dévorer les bûches qu’on ne lui refuse pas, mettant sa chaleur dans le sang de ceux qui se trouvent là, éclairant leurs travaux de ses flammes douces, faisant pétiller les brindilles, siffler le sapin, éclater la châtaigne, gémir l’eau du chaudron, empester le poil mouillé du gros chien couché sur le flanc, le regard vague. Les Ribaud sont tous là. La grand-mère, cassée par l’âge, marquée par les durs travaux et qui perd chaque jour un peu de sa force de femme, sommeil, le menton sur les peaux de son cou. La jeune Ribaud donne sa mesure de peine, pétrit la pâte à grandes brassées et court relever le bébé brun qui, sentant la sève pousser dans es petites jambes, s’épuise à des sensations nouvelles. Assis à terre, sur des sacs pliés, deux gars de neuf et onze ans, couteau en main, bricolent du bois. A la meule est le maitre, déjà soucieux de ses responsabilités reçues avec le dernier souffle du père mort depuis deux mois, tué par le travail plus que par l’âge.
A la vue de l’étranger immobile sur la pierre du seuil, chacun s’arrête. Le chien grogne en découvrant ses crocs usés et se dresse, menaçant, mais, d’un geste, l’homme le fait taire, le fléchit sur ses pattes et l’oblige à aller se glisser sous la maie à l’intérieur chemisée de farine. A voir le regard subitement craintif de la bête, on la croirait ensorcelée.
L’inconnu n’a aucun geste d’amitié. Avec ce large pantalon de laine bleue, tenu à la taille par une haute ceinture rouge, est-ce un soldat fuyard ?...Ou un saltimbanque, avec cette demi-houppelande noire effrangée et cette toque de fourrure noire, crotteuse, tenue par un mouchoir noué sous le menton ?
Il est sans âge apparent et semble de tous les temps des hommes.
Après avoir jeté un rapide regard derrière lui et légèrement refermé la porte, il dit enfin, soulageant tout le monde :
-Nous avons faim, mes bêtes et moué…
Il parle lentement avec peine. On sent qu’il n’est pas habitué à le faire souvent.
-Combien sont vos bêtes ? demande Ribaud.
-…peut être six…
-Et vous promenez du bétail par ces froids-là ?
L’autre ne répond pas. Il sort et siffle. Après il revient mettre son grand corps dans le cadre de la porte. La chaleur feu lutte contre l’air glacée qui pénètre comme le flot de l’étang qui envahit les prés une fois la vanne levée. Chacun pense lui dire de fermer la porte, mais personne ne l’ose tant cet homme fait naître la crainte. Bientôt, des frappements de pattes nerveuses martèlent le sol de la cour. Sous la maie, me chien hurle aussitôt à la mort. Les bêtes de l’inconnu arrivent avec des sifflements rauques. Et brusquement, à la hauteur de la pierre du seuil, surgissent des museaux longs, menaçants. Des grands yeux aux pupilles pourpres fixent les flammes de l’âtre.
-…Aux loups…
Chassés jusqu’au fond de la salle par leur frayeur, Marc et Julien, les garçons, se serrent dans un recoin. La femme prend vivement le bébé accroupie par terre et le jette dans son berceau. La vieille se réveille complètement, mais reste coite de saisissement. Ribaud décroche son fusil. Les loups se sont immobilisés au pied de leur maître.
-C’est toi le meneur de loups ? dit Ribaud, menaçant.
Le meneur ordonne d’un ton bref :
-Donn’nous à manger…
La vieille Ribaud, qui agit toujours en silence, regarde son fils avec inquiétude. Si ces bêtes là ne veulent pas de cette nourriture, quoi donc les désaffamera ?
-Va chercher des galettes, dit Ribaud à sa femme.
Elle lui en apporte sur un plat de bois. Il prend le plat et le tend au meneur.
-Voilà pour toi…
L’homme ne remercie pas. Il prend toutes les galettes d’une main, les brises et va les jeter dans la pâtée destinée aux loups. Cela fait, il ordonne à ses bêtes : « Mangeons ».
S’approchant, l’échine courbée, matées par une forte obéissance, elles avalent avec de grands bruits le pain gonflé, fade, intimement mêlé aux galettes parfumées et sucrées.
Alors se mettant à genoux et écartant les museaux grognant, le meneur se fait une place et mange à même le plat avec contentement.
Une fois sa faim assouvie, il revient à Ribaud qui, du seuil, a regardé cette scène avec stupeur.
-L’âge de ton plus jeune enfant ? demanda-t-il.
-Un an…
-Garçons, fille?
-Fille…
-Montr’la moué.
-Mais…
-N’crains rien, j’veux remercier…
Ribaud en ressent un soulagement.
-Si c’est pour ça, nous sommes quittes…
-J’veux quand même.
Il écarte le fermier et entre. Son sillage empeste de telles senteurs animales que Ribaud détourne le nez. Arrivé au banc, il s’assoit. Alors, chacun peut voir que, sous sa houppelande, il porte un sac de toile bise pendu en bandoulière.
-Cette chaudure m’fait mal…dit-il en jetant un mauvais regard aux bûches…Mais montr’moué ta ch’tite fille, ajoute-t-il aussitôt. Inquiète, la mère ne veut pas montrer son enfant.
-Laisse faire, dit le fermier.
Marie est montrée à l’homme.
-Donne qu’je la mette sur’mes g’noux.
La Ribaud regarde son homme.
-Donne, dit-il.
Lorsqu’il l’a sur lui, le meneur parle à l’enfant sans la moindre méchanceté.
-…Ch’tite, ‘coute…J’vas t’faire un don…
Il continue à voix basse, si bien que personne ne comprend ce qu’il dit. Il a des mots gutturaux suivis de gestes mystérieux. Marie le regarde, sérieuse, la bouche ouverte. En parlant, l’homme défait son sac et apparaît la tête d’un louveteau de deux ou trois mois. De surprise, croyant à un jeu, Marie se frappe les mains, si bien que le louveteau prend peur et refuse de quitter le sac où il est en sécurité.
-L’a point mangé d’viande, vot’ fille ? demande le meneur à la cantonade.
-Non…répondent-ils tous en même temps, le souffle court.
Il marque d’un silence le silence et prenant la petite main de l’enfant, la met dans la gueule du louveteau.
La mère étouffe un cri et s’avance pour reprendre sa fille.
Ribaud l’arrête du regard.
Maintenant le meneur parle avec gravité.
-T’as l’don, Marie…tu comprendras les loups, tes mains pourront barrer et guarir les mordures faites par eux…Tu mâcheras du pain pour faire la bouillie qui guarira…tu la poseras su’l’mal…ça s’ra eune sorte d’madicament…Seulement, souviens-toi…tu perdras l’don a ma’mort…
Cela dit, il rend l’enfant à sa mère, se lève et sort sans regarder quiconque. Dociles, repues, ses bêtes l’attendent, immobiles dans la cour. « Trrriiii », fait-il. Ils s’enfoncent dans la nuit qui vient durcir le froid…


Dernière édition par le Sam 19 Aoû 2006, 17:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Sam 19 Aoû 2006, 20:30

C'est une nouvelle, tirée du roman de Seignolle "Marie des loups".Il a d'ailleurs été adapté en film

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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Dim 10 Sep 2006, 20:18

Paunay, Saunay, Rosnay, Villiers,
Quatre paroisses de sorciers.

George SAND, Légendes rustiques.


C’est là un dicton du pays de Brenne, et les historiens du Berry désignent cette région marécageuse comme le pays privilégié des « meneux de loups » et « jeteux de sorts ».

La croyance aux meneux de loups est répandue dans toute la France. C’est le dernier vestige de la légende si longtemps accréditée des lycanthropes. En Berry où déjà les contes que l’on fait à nos petits-enfants ne sont plus aussi merveilleux ni aussi terribles que ceux que nous faisaient nos grands-mères, je ne me souviens pas que l’on m’ait jamais parlé des hommes-loups de l’Antiquité et du Moyen Âge. Cependant, on s’y sert encore du mot de « garou », qui signifie bien, à lui tout seul, homme-loup, mais on en a perdu le vrai sens. Le loup-garou est un loup ensorcelé, et les « meneux de loups »ne sont plus les capitaines de ces bandes de sorciers qui se changeaient en loups pour dévorer les enfants ; ce sont des hommes savants et mystérieux, de vieux bûcherons ou de malins gardes-chasse, qui possèdent le « secret » pour charmer, soumettre, apprivoiser et conduire les loups véritables.

Je connais plusieurs personnes qui ont rencontré, aux premières clartés de la lune, au carroir de la Croix-Blanche, le père Soupison, surnommé « Démonnet », s’en allant tout seul, à grands pas, et suivi de plus de trente loups.

Une nuit, dans la forêt de Châteauroux, deux hommes, qui me l’ont raconté, virent passer sous bois une grande bande de loups. Ils en furent très effrayés et montèrent sur un arbre, d’où ils virent ces animaux s’arrêter à la porte de la hutte d’un bûcheron. Ils l’entourèrent en poussant des hurlements effroyables. Le bûcheron sortit, leur parla dans une langue inconnue, se promena au milieu d’eux, après quoi ils se dispersèrent sans lui faire aucun mal.

C’est là une histoire de paysan. Mais deux personnes riches, ayant reçu de l’éducation, gens de beaucoup de sens et d’habileté, dans les affaires, vivant dans le voisinage d’une forêt où elles chassaient fort souvent, m’ont juré, « sur l’honneur », avoir vu, étant ensemble, un vieux garde forestier, de leur connaissance, s’arrêter à un carrefour écarté et faire des gestes bizarres. Ces deux personnes se cachèrent pour l’observer et virent accourir treize loups, dont un énorme alla droit au « charmeur » et lui fit des caresses ; celui-ci siffla les autres, comme on siffle des chiens, et s’enfonça avec eux dans l’épaisseur du bois. Les deux témoins de cette scène étrange n’osèrent l’y suivre et se retirèrent aussi surpris qu’effrayés.

Cela me fut raconté si sérieusement, que je déclare n’avoir pas d’opinion sur le fait. J’ai été élevée aux champs et j’ai cru si longtemps à certaines visions que je n’ai pas eues, mais que j’ai vu subir autour de moi, que, même aujourd’hui, je ne saurais trop dire où la réalité finit et où l’hallucination commence. Je sais qu’il y a des dompteurs d’animaux féroces. Y a-t-il des charmeurs d’animaux sauvages en liberté ? Les deux personnes qui m’ont raconté le fait ci-dessus l’ont-elles rêvé simultanément, ou le prétendu sorcier avait-il apprivoisé treize loups pour son plaisir ? Ce que je crois fermement, c’est que les deux narrateurs avaient vu identiquement la même chose et qu’ils l’affirmaient avec sincérité.

Dans le Morvan, les ménétriers sont meneux de loups. Ils ne peuvent apprendre la musique qu’en se vouant au diable, et souvent « leur maître » les bat et leur casse leurs instruments sur le dos, quand ils lui désobéissent. Les loups de ce pays-là sont aussi les sujets de Satan ; ce ne sont pas de vrais loups. La tradition de la lycanthropie se serait mieux conservée là que dans le Berry.

Il y a une cinquantaine d’années, les « sonneurs » de musette et de vielle étaient encore sorciers dans la vallée Noire. Ils ont perdu cette mauvaise réputation ; mais on raconte encore l’histoire d’un maître sonneur qui avait tant de talent et menait une conduite si chrétienne, que le curé de sa paroisse le faisait jouer à la grand-messe durant l’élévation. Il jouait des airs d’église, ce qui entrait bien dans l’éducation musicale des ménétriers de ce temps-là, mais ce qui leur était rarement permis par les curés, à cause de leurs pratiques secrètes, qui n’étaient pas, disait-on, les plus catholiques du monde.

Le grand Julien, de Saint-Août, avait donc ce privilège d’exception, et quand il « sonnait » à la messe, c’était merveille de l’ouïr, et la paroisse se faisait honneur de lui.

Une nuit, comme il revenait de jouer, trois jours durant, à une noce de campagne, il rencontra, dans la brande, « une musette qui jouait toute seule » ; d’autres disent que « c’était le vent qui en jouait ».

Étonné de voir cette musette toute reluisante d’argent, qui venait à lui sans qu’aucune personne la fit aller, il s’arrêta et eut peur. La musette passa à côté de lui, « comme si elle ne le voyait pas », et continua de sonner d’une si belle manière, que jamais Julien n’avait rien entendu de pareil, et qu’il se sentit, du coup, tout affolé de jalousie.

Voilà donc qu’au lieu de passer, comme un homme raisonnable, il se retourne et suit cette cornemuse pour l’écouter et pour tâcher de retenir l’air qu’elle disait et qu’il était dépité de ne pas savoir.

Il la suivit d’abord d’un peu loin, et puis d’un peu plus près, et puis, enfin, il s’enhardit jusqu’à sauter dessus et la vouloir prendre ; car de voir un si beau et si bon instrument sans maître, il y avait de quoi tenter un homme qui faisait son métier de « musiquer ».

Mais la cornemuse « monta en l’air » et continua de jouer, sans qu’il pût « l’aveindre » et il s’en retourna chez lui en grand souci et même en grand chagrin. Et, quand on lui demanda, les jours d’après, pourquoi il paraissait en peine et malade, il répondait :

– L’air de la nuit sonne mieux que moi ; ce n’était pas la peine d’apprendre !

On ne sut point ce qu’il voulait dire, mais on l’entendit étudier une musique nouvelle qui ne ressemblait en rien à celle des autres ni à celle qu’il avait jouée jusque-là ; et, la nuit, il s’en allait tout seul, « emmy » la brande, et revenait au petit jour, bien fatigué, mais en jouant de mieux en mieux un air qui paraissait très étrange et que personne ne pouvait comprendre.

Ceci fut rapporté au curé qui le fit venir et lui dit :

– Julien, je sais que le diable est enragé de poursuivre et de tenter les gens de ton état ; on me dit que tu vas seul, la nuit, dans des endroits où tu n’as pas besoin et que tu parais tourmenté. Fais attention à toi, Julien ; si tu commences mal, tu finiras mal !

Julien donna des marques de repentance, et promit de se tenir en paix.

– Tu feras bien, lui dit le curé. Contente-toi de ce que tu sais, et ne vise point à la science qui « mène les loups aux champs ».

C’était un samedi. Le lendemain était grande fête, il y avait une grand-messe carillonnée, et Julien promit de jouer comme il avait coutume.

Cependant, le matin, le sacristain vint dire au curé qu’il avait rencontré Julien dans la brande, jouant d’une manière qui n’était pas chrétienne, et menant derrière lui plus de trois cents loups qui s’étaient sauvés à son approche.

Le curé fit encore venir Julien et le questionna. Julien leva les épaules en disant que le sacristain avait bu.

Et, comme de vrai, le sacristain était « porté sur la boisson », son dire ne donna pas grand-crainte à M. le curé, qui commença de dire et chanter la messe.

Quand ce fut à l’élévation, Julien commença aussi de jouer sa chanson d’église ; mais, encore qu’il eût peut-être bonne intention de la dire comme il faut, il ne put jamais « tomber dans l’air », et ce qu’il joua ne fut autre que la chanson du diable que le vent lui avait apprise.

La chose dérangea M. le curé, qui, par trois fois, avant de consacrer l’hostie, s’agita et frappa du pied pour faire taire cette mauvaise complainte ; mais enfin, songeant que Dieu se ferait bien respecter lui-même, il éleva l’hostie et dit les paroles de la Consécration.

Au même moment, la musette à Julien se creva dans ses mains, avec un bruit comme si l’âme du diable en fût sortie, et il en reçut un si bon coup dans l’estomac qu’il tomba tout « apiâmi » * sur le pavé de l’église.

On l’emporta à son logis, où il fit une grosse maladie. Mais il s’en retira par la grâce de Dieu et la parole de M. le curé, qui le fit renoncer à ses mauvaises pratiques, et à qui il confessa avoir joué pour les loups de la brande. Depuis lors, il joua chrétiennement et laissa les loups se promener tout seuls ou en la compagnie des autres sonneurs damnés.

On dit que ceux-ci lui « firent des peines » pour avoir « vendu le secret », et qu’ils le battirent souvent pour se revenger. Mais il supporta leurs mauvais traitements par esprit de pénitence et fit une bonne fin, enseignant la musique de cornemuse à ses enfants, et les détournant d’en chercher plus long qu’on n’en doit savoir.

*Pâmé
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Mar 12 Sep 2006, 14:06

On disait pas des meneurs de loups qu'ils les dressaient ou un truc du genre? Par exemple pour la Bête du Gévaudan, elle aurait eu en fait un meneur?

Quelqu'un a des infos sur "ce qu'on raconte" sur les meneurs de loups?
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Mar 12 Sep 2006, 15:27

En ce qui concerne la Bête du Chevaudan, il y a un sérieux doute sur le fait que seul un animal est put commettre ses atrocités.

Citation :
Au vu de tous les indices fournis par les différents ouvrages et par l’émission consacrée à la bête du Gévaudan diffusée sur la chaîne Planète, je vous livre ma conclusion des faits.
J.Chastel a domestiqué un animal issu d’un accouplement entre un loup et un chien. Il a dressé cet animal à attaquer l’homme.
Il est d’ailleurs fort probable que ses crimes ont commencé bien avant le début de cette histoire.
Comme le dit un professionnel dans le documentaire télévisé, on peut parfaitement habitué un loup à attaquer l’homme si on lui donne de la chair humaine.
En fait, il faut sacrifier à l’animal des proies faciles quand il est jeune comme des enfants.
Donc, bien qu’on n’en ait aucune preuve, il est certain que Chastel a enlevé des enfants pour les donner en sacrifice à son animal.
Le facteur déclanchant de sa folie a pu être une attaque de loups tout à fait banale.
Le meurtre de la fillette, avec qui il était ami, n’était pas prévu. En effet, peu après, il sombre dans le mysticisme.
Lui qui ne s’était pas montré plus croyant que la moyenne se met à fréquenter l’église d’une manière assidue.
Il multiplie les visites au confessionnal et va jusqu’à faire bénir les balles qui lui serviront à tuer la bête.
Ce dernier meurtre, non souhaité, a certainement été un véritable électrochoc. Cette dernière atrocité a révélé à cet homme déséquilibré toute l’horreur de ses exactions.
En tuant lui-même l’animal qu’il avait dressé afin de concrétiser ses fantasmes pervers, il a lavé son âme de tous ces pêchers.
Jusqu’à la fin de sa vie, il se consacrera à sa paroisse et montrera beaucoup de ferveur religieuse.

Source: http://www.dinosoria.com/bete_gevaudan.htm

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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Mer 13 Sep 2006, 20:15

En réalité, les fameux "meneurs de loups" étaient souvent des bucherons (et beaucoup plus rarement des vagabonds) qui élevaient des chiens et se baladaient avec une meute. Ils faisent peur car ils vivaient isolés, dans la forêt. Donc déjà rien que pour cela, c'était souvent des "sorciers". Alors avec ces chiens (peut être ressemblant à des loups), c'était surement des gens qui ont signé un pacte avec le daible.

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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Dim 24 Sep 2006, 11:33

Un meneur-de-loup vers 1500
Victor MARTIN "Au coeur de la forêt"


Le ciel bas est très couvert, la nuit tombe rapidement, encore une demi-heure de trot et la diligence entrera dans la ville. Elle se hâte, en retard, arrive à grand bruit de grelots et de claquements de fouets, car on n'est jamais sûr dans cette région voisine de la grande forêt. Cependant sa Majesté le roi FRANCOIS a chassé cet hiver à Tronçais, les voyageurs se sentent un peu rassurés par cette pensée...

Le meneur-de-loups déboucha tout à coup, par un faux chemin, à cinquante pas devant les chevaux, en jouant, sur une espèce de haut-bois, la chanson des loups: "les loups ont faim".

Quelle horreur!

Trois gros loups le flanquaient pas à pas de chaque côté: derrière lui, six paires de loups plus gros encore le suivaient deux à deux; ceux-là étaient des hommes habillés avec des peaux de bêtes et marchant sur les genoux et sur les mains. Une frayeur indicible saisit chevaux, postillons, gendarmes et voyageurs. Dans l'intérieur de la grande voiture, des femmes poussent des cris aigus et se tordent les bras de désespoir, l'une presse un enfant sur son coeur, une autre regarde à travers les vitres, dans l'obscurité, avec des yeux hagards.

Les chevaux se sont cabrés tous à la fois et jetés de côté, ils veulent retourner en arrière; par malheur les roues du lourd véhicule qu'ils tirent sont déjà engagés dans le fossé de la route et leurs pieds emmêlés dans les traits.

Les loups ont bondi six à la fois, et attaquent furieusement les hommes et les bêtes; ils s'accrochent sur les nuques jusque dans les crinières des chevaux avec des cris rauques. Les bêtes affolées ruent, se renversent et râlent, ou bien tirent chacune à leur tour, d'un effort désespéré à tout rompre; et les coups de colliers formidables font résonner les chaînes et trembler la diligence. Les montures des gendarmes se sont emballés et fuient.

Maintenant déjà les chevaux flageolent sur leur quatre membres et ne soufflent plus bruyamment; leur force impétueuse vaincue, leur courage est tombé. Ils baissent le cou lugubrement, comme pour se donner de plus près et plus vite à l'haleine horrible des fauves qui doivent épancher leur soif à leur gorge.

La musette joue toujours et, par instant, dans le soir qui descend à pas doux, montent des supplications pitoyables...

Les voyageurs sont jetés sur la chaussée et dépouillés de leur argent; les femmes fouillées par les gros loups qui passent leurs mains odieuses d'hommes vêtus en fauves sur leur corps tremblant...

Ce bel ouvrage achevé, les brigands chargent les chevaux avec le butin qu'ils ont fait, et rentrent chez eux, au maquis, dans les profondeurs des ravins de "la Bouteille", au fond des forêts.

Pour écoutez le meneur de loup jouer sa sarabambe: http://chdiat.club.fr/Folklore/TRONCAIS/Loups.htm
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Dim 01 Oct 2006, 21:28

L'ermite et le meneux de loups
Extrait de "Contes populaires du Bourbonnais" de Paul Duchon
Editions Barré et Dayez


Il y avait une fois un pauvre sabotier qui vivait misérablement avec sa famille, dans une loge, au milieu d'une grande forêt. Assis au pied d'un arbre et plein de tristesse, il pleurait un jour à chaudes larmes en pensant à sa misère, quand il vit venir à lui un étranger dont les yeux brillaient comme le feu.
- Eh bien! compère dit l'étranger, qu'as-tu donc pour être dans un si grand tourment?
- Hélas! répondit l'homme, nous sommes sans ressources et nous allons bientôt mourir de faim.
- Si c'est là ce qui t'afflige, répartit l'étranger en ricanant d'un rire sonore et saccadé, sèche tes larmes, compère, et écoute attentivement ce que je te propose. Donne-moi ton fils aîné: il sera mon compagnon de route et je le comblerai de richesses. Accepte; prend cette bourse d'or; et je t'enverrai des marchands qui te feront tant de commandes que tu ne sauras comment faire pour suffire au travail. Est-ce convenu?
- Entendu. Mais mon coeur est gros de larmes et je n'ai pas le courage de me séparer tout de suite de mon fils. Reviens le chercher dans huit jours.
L'étranger consentit au délai, conclut le marché; et donna au père une bourse pleine d'or.
A partir de ce moment, le bien être régna dans la loge du sabotier; des marchands lui firent tant de commandes qu'il ne sut comment suffire au travail; et cependant il devenait de plus en plus triste; toutes les fois qu'il voyait son fils aîné, c'était des larmes et des sanglots.

- Père, dit le fils aîné, quand tu me regardes, tu te mets à pleurer: je t'ai donc fait de la peine ou causer quelque ennui?
- Hélas! mon enfant, je n'ai guère sujet de me réjouir. Il y a huit jours, comme j'étais assis au pied d'un arbre et que, plein de tristesse, je pleurais en pensant à notre misère, un étranger est venu vers moi, les yeux brillants comme le feu; il me demanda pourquoi j'étais dans un si grand tourment, je lui répondis que nous allions mourir de faim. Alors, me tendant une bourse pleine d'or, il demanda si je voulais qu'il t'emmenât pour être son compagnon de route, ajoutant qu'il te comblerait de richesses et qu'il m'enverrait tant d'acheteurs que je ne pourrai suffire aux commandes. J'ai accepté. Il a tenu ses promesses. Ah! mon enfant! cet étranger peut-il être un autre que le diable? C'est ce soir, hélas! que je dois te livrer. Mon Dieu! mon Dieu! faut-il donc me séparer de toi et te savoir perdu pour toujours!
- Père, consolez-vous! Lorsque le Diable viendra me chercher, il ne me trouvera pas. Voyez, je pars.
Et l'enfant s'enfuit dans la forêt.
Au milieu de cette forêt, habitait un Ermite.
Le saint Ermite faisait pénitence dans la solitude depuis plus de vingt ans et ses mérites devenaient si agréables au Ciel que, pour le visiter et soutenir sa constance, le Bon Dieu lui envoyait un Ange tous les jours.
Le Meneux de Loups était un sorcier dont la renommée remplissait tout le pays. Quand on parlait de lui, on disait "Le Grand Magicien" et quand on lui parlait on l'appelait "mon Grand". Il n'avait qu'un signe à faire et tous les loups de la forêt accouraient en hurlant et se couchaient à ses pieds; et, quand il le voulait, on entendait pendant la nuit des vacarmes si mystérieux, "des chasses malignes" et des courses de loups-garous.

L'enfant s'était enfui au moment du crépuscule du soir, de sorte qu'au bout de quelques heures de marche, il se trouva en pleine nuit dans des bois inconnus. Tout à coup, entre les branches des arbres, il vit un grand feu autour duquel était couché en cercle une bande de loups énormes qui, à son approche, se levèrent menaçants et hurlèrent d'une façon épouvantable.
- Tout beau! s'écria une voix forte dominant les hurlements; et aussitot les loups cachés se recouchèrent.
L'enfant, plus tremblant que les feuilles maudites du tremble, aperçut le Grand Magicien debout près du feu.
- Approche, dit le sorcier, et surtout n'aie pas peur. Que fais-tu à pareille heure dans la forêt? Tu t'es donc perdu au fond des bois?
- Helas! Mon Grand, je me suis perdu au fin fond des bois. Je marche sans savoir où je vais depuis que j'ai quitté la loge de mon père, le sabotier. Il y a huit jours, comme mon père était assis au pied d'un arbre et que, plein de tristesse, il pleurait et se lamentait en pensant à notre misère, le Diable vint en personne et, tendant une bourse pleine d'or, lui promit pour toute notre famille la prospérité et le bien-être à condition que je serais son compagnon de route. Mon père y consentit car le diable promettait de me combler de richesses. Mais, comme il devait venir me chercher ce soir, j'ai eu peur et je me suis sauvé.
- Pauvre enfant! tu te sauves pour ne pas tomber entre les mains de Satan et arrive juste au moment où il va venir me parler. A minuit, dans quelques instants, il sera ici près du feu pour me donner ses ordres au sujet d'une course de loups-garous que nous devons faire ensemble cette nuit.
- Oh, bien, je repars vite dans la forêt.
- Non! reste! tu seras plus en sureté auprès de moi. Je vais essayer de te tirer d'affaire en m'arrangeant avec le Diable, tandis que, s'il te rencontrait tout à l'heure sur son passage, pendant que nous "mènerons le raffut", il t'emmenerait pour toujours au fond des enfers.
A peine le Grand Magicien a-t-il prononcé ces paroles que le Diable arrive.
"Quel est cet enfant?" demande-t-il.
- C'est un élève que je forme, répond le Meneux de Loups. Il serait bientot devenu le plus fameux des sorciers du pays, si je pouvais le garder; malheureusement son père, le sabotier, te l'a vendu: il t'appartient, et j'en suis faché! Il y a huit jours, comme son père était assis au pied d'un arbre et que plein de tristesse, il se lamentait en pensant à sa misère, tu lui donna une bourse pleine d'or à condition qu'il te livrerait son fils aîné pour être ton compagnon de route. Si tu voulais résilier le marché, je prendrai avec moi cet enfant, je l'instruirai pour me remplacer, car je suis très vieux et n'en ait plus pour longtemps.
- C'est bon. Je résilie le marché et te cède à l'amiable l'enfant du sabotier, répond le Diable en ricanant.
Le malin se disait en lui même: "Que je le prenne maintenant ou qu'il devienne Meneux de Loups, il sera toujours à moi. Il me faut bien quelqu'un pour remplacer le Grand Magicien et pour m'aider dans mes affaires". Ayant ensuite donné des ordres à voix basse au Meneux de Loups, il disparut comme un éclair.
- Tu es débarassé mon enfant! dit le sorcier; maintenant, tu peux retourner chez ton père, tu n'as plus rien à craindre. Quant à moi, je pars avec mes loups pour "mener le raffut" des loups-garous.
Dès que les affreux hurlements se perdirent dans la profondeur des bois, l'enfant essaya de retrouver son chemin et de retourner chez son père, mais il était complètement égaré lorsqu'il rencontra un chemin battu qu'il suivit pendant longtemps.
Il vit enfin une petite lumière qui brillait entre les arbres, et, s'étant dirigé de ce coté, il fut bien surpris d'arriver dans la cour d'un vieux chateau, bâti en pleine forêt, d'un aspect lugubre et fantastique.

Assez peu rassuré, l'enfant s'approcha cependant pour demander un abri; et déjà il avait à la main le heurtoir de la porte quand il s'aperçut qu'on menait grand bruit dans le chateau. Il entendait des jurons formidables; par instant une voix de femme répondait à une voix éclatante, qui de temps en temps ricanait très haut entre deux jurons.
Ce château était hanté par le Diable. Et justement, cette nuit-là, il y était venu avec sa femme.
L'enfant colla son oreille contre la porte et écouta.
- "T'as beau être le Guiâble, t'es pas malin! Ah! ça, non! Si te m'avô pas, qu'est que te deviendrun! Te devrun rin faire sans consulter ta fene qu'est pu fine que te!"
Par la suite de la conversation l'enfant compris que la femme du Diable lui faisait une scène, parce qu'il ne faisait que de mauvais marchés et des affaires de dupe.
- "Hier, ique-les deux houmes nous apparteniant, et agneu ou nous en reste plus rin qu'un: n'avons pus que le Meneux de Loups! Te l'avô pourtant acetâ prou tsèr, icou chetit gas dou sabotier! Et dire que t'es étâ assez bête pre le céder ou Meneux de Loups! Et pis, si a veut pas être sôrcier, ique l'enfant, t'éras le tretser, pas-rai? Pre te faire bien vèr que te n'es qu'un bredin, i fais des souhaits d'enfar pre que le Meneux de Loups t'étsappe itou!"
- Oh! quant à ça, je n'en ai pas peur, répondit le Diable: tout homme qui meurt dans la peau d'un Meneux de Loups m'appartient sans conteste.
- "Justement! Si i iéssin à sa place, i m'écarlerin tout en vie. Et queme çela i ne meûririn pas dans la piau d'un Meneux de Loups. Plutôt que d'avèr le Grand Magicien et son enlève te n'aires pus ni l'un ni l'autre".
Le Diable riposta en jurant et en tapant sur sa femme à grand coup de poing; de son côté, la Diablesse se mit d'abord à crier tant qu'elle put et puis à lancer toute la vaisselle à la tête de son mari, de sorte qu'on entendait un vacarme infernal.
L'enfant, mourant de frayeur, s'enfuit à travers la forêt; il reprit le chemin qu'il avait suivi pour venir et retourna à l'endroit même où il avait quitté le Meneux de Loups.
Celui-ci revenait de la chasse maligne.
A l'approche de l'enfant, les loups se levèrent menaçants et hurlèrent d'une façon épouvantable.
- Tout beau! cria le Grand Magicien, et aussitôt les loups calmés se recouchèrent.
- Comment mon enfant, te voila donc revenu? Je te croyais chez ton père. Qu'est ce que tu fais encore ici, dans les bois?
- Ah! Mon Grand! si vous saviez ce que je viens d'entendre.
- Quoi donc, mon petit?
- Je viens d'écouter à la porte du château du Diable et j'ai entendu la Diablesse dire à son mari qu'il ne faisait que de mauvaises affaires; qu'hier vous et moi nous lui appartenions, mais que, le marché conclu avec mon père étant rompu, je suis libre maintenant et que vous seul lui appartenez. J'ai entendu qu'elle disait que tout homme mort dans la peau d'un Meneux de Loups appartient au Diable, mais que vous avez un bon moyen de lui échapper, en vous écorchant tout vif pour ne pas mourir dans la peau d'un Meneux de Loups.
- Ah! mon enfant, qu'est-ce tu me dis! Précisemment; je sais par magie et sorcellerie que dans huit jours je mourrai! Je me sens déjà très malade; du reste, j'ai cent ans passés, il faut bien être raisonnable. Tu vas m'aider à me tirer d'affaire. A présent que je t'ai sauvé des griffes de Satan, tu ne voudrais pas me voir perdu pour toujours. Je vais m'enlever la peau de la figure, du cou, de la poitrine et des jambes autant que je le pourrai; ensuite; je te passerai le couteau et tu m'enlèveras la peau du dos. Une fois que je serais écorché complètement, tu me graisseras le corps avec de la graisse de loup que tu prendras dans une petite terrine, et, par la vertu de cette graisse de loup, je vivrai aussi à mon aise que si j'avais ma peau. Je dois mourir dans huit jours, je mourrai donc tranquille et je serais sauvé.
Dès que l'enfant eut enlevé la peau du dos et qu'il eut graissé le Meneux de Loups, celui-ci devint gai et souriant, car il entrevoit le paradis. Il mourut au bout de huit jours comme il l'avait prédit, et l'enfant retourna chez son père qui pleura de joie en le revoyant.
Quand la Diablesse vit l'âme du sorcier monter dans le paradis, elle appela son mari en ricanant, et en se moquant de lui:
- "Ah! Ou est bien fait! I t'y avin bin dit, vieu ébécile! Te n'as ni le Meneux de Loups ni son enlève! Ou t'apprendra à me demander avis! Ou est bien fait! Ou est bien fait!"
Le Diable répondit en jurant et en tapant sur sa femme.
Or, ce même jour, l'Ange que le Bon Dieu envoyait vers l'Ermite pour le visiter, s'adressa au vénérable solitaire et lui avec un rayonnement de bonheur:
- Aujourd'hui bon Ermite, il y a dans le ciel de belles réjouissance: le Grand Magicien est entré au Paradis.
Mais au lieu de se rejouir avec l'ange, l'Ermite répondit d'un ton chagrin:
- Si le Meneux de Loups est entré au Paradis, qu'est-ce que le Bon Dieu me donnera donc de plus à moi?...
Alors l'Ange vit germer dans le coeur du Solitaire une pensée d'orgueuil: il se couvrit le visage de ses ailes blanches, et, s'élevant dans les airs, il disparut pour toujours des yeux de l'Ermite qui tomba malade mortellement.
- Qu'est-ce que le Bon Dieu me donnera donc, disait-il avec colère, si le Meneux de Loups est en Paradis? Que me donnera-t-il de plus que le paradis?
Et le Diable s'en réjouissant.
Ah! Ah! disait-il à sa femme, tu m'as fait l'autre jour une scène parce que j'avais perdu le Meneux de Loups et son élève! J'ai mieux que cela! Qu'en dis-tu? Va! le Diable n'y perdra rien: Je le tiens, cet Ermite, je le tiens! Et cela vaut dix fois tous les sorciers du monde.
Il s'apprêtait à traîner dans le feu l'âme du pauvre Solitaire, quand le Grand Magicien intercéda pour lui. Le Bon Dieu avait pardonné au Meneux de Loups, il ne voulut pas laisser damner l'Ermite: il lui envoya l'Ange du repentir qui toucha son coeur et emporta son âme en paradis.
Ce jour-là, par exemple, le Diable et sa femme se sont battus et se sont dit des sottises en faisant un vacarme infernal.
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Dim 10 Déc 2006, 18:45

J'ai trouvé ceci sur Internet, ça résume assez bien l'idée des meneurs de loups

"Dominer les loups et s'en faire obéir relevait de la sorcellerie. On croyait, dans les campagnes, à l'existence d'hommes capables d'imposer leur volonté à ces fauves, pourtant réputés indomptables : c'étaient les « meneurs de loups ». Il fallait éviter de les contrarier, de peur qu'ils ne lancent leur troupe contre les bergeries ! Ces « meneurs », qui vivaient le plus souvent à l'écart des villages, étaient charbonniers, des bûcherons ou même bergers solitaires et taciturnes. "

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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Dim 17 Juin 2007, 20:25

Comment un bûcheron ou un berger pouvez se retrouver à la tête d'une meute de loup?
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MessageSujet: Re: Les meneurs de loups   Lun 18 Juin 2007, 15:31

Comme je l'ai dit plus haut, c'était souvent des chiens et non pas des loups. Peut-être des animaux croisés avec des loups, ou des chiens du type berger allemand (vous savez, les bergers allemands noirs peuvent passer pour des loups de loin, surtout si on ne connait pas bien le loup) ou tout autre race qui ressemble plus ou moins à des loups. N'oubliez pas que les loups sont des animaux timides, ce n'est pas facile de les voir. Alors si on se base seulement sur ce que les gens en racontent, beaucoup de chiens peuvent faire l'affaire.

Et puis à l'époque, les bucherons - mais surtout les charbonniers qui vivaient au milieu des bois - n'habitaient pas toujours le village, on les voyait peut-être moins à la messe, etc. Vivant loin de Dieu, au milieu des animaux sauvages, dans la forêt - qui est un lieu qui fait peur - que faut-il de plus pour les soupçonner de faire commerce avec le diable?
Or le Diable, c'est le loup...

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Les meneurs de loups

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