Robert Hainard: Une exposition exceptionnelle100 ème anniversaire de la naissance de Robert Hainard (1906-2006)
L’exposition exceptionnelle réalisée pour le 100ème anniversaire de la naissance de l’artiste genevois Robert Hainard présentera environ 400 œuvres : sculptures (bronzes, bois, pierres, plâtres, céramiques, terres cuites), gravures (gravures sur bois), huiles, aquarelles, dessins, ouvrages illustrés, ainsi que de nombreuses photographies, la plupart inédites, qui évoquent et retracent son parcours.
Où: IFFCAM - L’École du Cinéma Animalier en Deux-Sèvres - 79340 COUTIÈRES
Quand: du 23 septembre au 1er novembre (entrée libre)
Horaires: exposition ouverte du mercredi au dimanche
· de 10 h à 17 h jusqu’au 26 octobre,
· de 10 h à 19 h du 27 octobre au 1er novembre
(Festival du film ornithologique de Ménigoute)
En partenariat avec: Conseil général des Deux-Sèvres, Fondation Hainard, Éditions Hesse
Renseignements: Editions Hesse tél : 02 54 20 58 80
Site départemental d’intérêt écologique et paysager, l’IFFCAM propose également 70 hectares de studios de cinéma de plein air qui seront prochainement ouverts au public.
Contact: Dominique BROUARD : 05 49 06 78 47
Robert Hainard
L’année 2006 est marquée par le 100ème anniversaire de la naissance de Robert Hainard, l’un des artistes animaliers les plus connus du XXe siècle. Il était sculpteur, graveur sur bois, peintre, naturaliste hors du commun, grand connaisseur de la faune européenne, et écrivain, à la fois poète de l’image et du texte, et philosophe. C’était un infatigable rôdeur des forêts et des marais, un «guetteur de lune» passionné par l’animal sauvage et libre, et un véritable artisan d’atelier, inventeur d’une technique unique au monde de gravure sur bois.
Les éléments naturels ont accompagné Robert Hainard jusqu’à la fin. Il s’est en effet éteint, près de Lausanne, dans la nuit du 26 décembre 1999, alors que la tempête ravageait une partie de l’Europe occidentale.
Né le 11 septembre 1906 à Genève, fils de deux peintres et enseignants d’art plastique, Robert Hainard quitte l’école traditionnelle à l’âge de douze ans. Sa formation générale et artistique est assurée par son père qui sera également son maître à l’Ecole des arts industriels de Genève, où il entre à l’âge de quinze ans. Et à vingt ans, il y sera son assistant.
Fasciné depuis son enfance par les animaux, Robert Hainard fait son premier modelage dès l’âge de sept ans et sculpte ses premiers morceaux de bois. Il taille des poissons, des animaux domestiques et, très vite, s’intéresse aux bêtes sauvages. Depuis, Robert Hainard a consacré toute sa vie à la chasse au crayon, à guetter le loup, le bison, l’ours, le lynx, le castor, le grand tétras et tant d’autres, jusque dans leurs repaires les plus cachés, parcourant forêts, marais, vallées, montagnes de Scandinavie, d’Espagne, de Roumanie, de Pologne ou de sa Suisse natale.
Au cours de ses périples et de dizaines de milliers d’heures passées à l’affût, le plus souvent lors de la pleine lune, Robert Hainard a rassemblé, en soixante-dix ans de travail, un bestiaire unique en son genre : quelques trente cinq mille dessins, près d’un millier de gravures, des centaines de sculptures, des milliers de peintures.
Les maîtres qui l’ont toujours accompagné sont ces artistes inconnus, ces artistes du paléolithique en communion avec l’animal, qui, voici quelques vingt mille ans, tracèrent ces bisons, ces mammouths et ces aurochs sur les parois des grottes de Lascaux, d’Altamira ou de Rouffignac.
Il découvre la gravure sur bois en 1924, ébloui par les maîtres de l’estampe japonaise, et met au point une technique particulièrement minutieuse qu’il a inventé : un compromis entre son savoir-faire initial de sculpteur et son amour pour les couleurs.
Pour les amateurs de nature, Robert Hainard reste l’auteur des Mammifères sauvages d’Europe, un ouvrage où se mêlent des considérations scientifiques et quantité de récits d’affûts savoureux et évocateurs. Cet ouvrage, réédité sans cesse en un demi-siècle, a suscité nombre de vocations parmi les naturalistes.
Mais l’activité de Robert Hainard ne s’est pas arrêtée à la création artistique et à l’observation de la nature et des bêtes sauvages. C’est aussi un philosophe qui a analysé avec acuité les rapports entre notre civilisation occidentale et la nature. Avec des décennies d’avance, et une originalité remarquable, il a été l’un des inspirateurs de la prise de conscience en faveur de la nature, un précurseur de la pensée écologique, bien avant que l’écologie soit à la mode.
Robert Hainard a développé dans une vingtaine d’ouvrages et plus de 500 articles des idées capitales sur les causes de la destruction de la nature. Avec sa femme Germaine Hainard-Roten, qui était aussi peintre, cet artiste aux multiples facettes, d’une personnalité chaleureuse et rayonnante, a mis toute son existence au service de la Nature.
Les œuvres de Robert Hainard ont été exposées dans de nombreux pays d’Europe : en Suisse, Suède, Grande-Bretagne, Allemagne, Lituanie, Belgique (Musée Royal d’Histoire Naturelle en 1988), Pologne. Depuis 1986, de nombreuses expositions ont été réalisées en France sous la responsabilité des Editions Hesse.
À l’occasion de cette exposition et du centenaire de la naissance de Robert Hainard, est publiée une biographie: Robert Hainard, chasseur au crayon
par Stéphan Carbonnaux (Editions Hesse).
Cette exposition réalisée en 2006 dans les Deux-Sèvres est la plus importante jamais réalisée à ce jour.
Robert Hainard, sculpteur:
«Pour la gravure je fais un animal de mémoire immédiatement après le passage de l’animal, immédiatement après le choix d’une certaine pose. Mais pour la sculpture évidemment le rôle de la mémoire est encore plus grand. C’est une mémoire qui n’est pas seulement visuelle, c’est en grande partie une mémoire tactile et surtout une mémoire cénesthésique, c’est à dire plutôt le souvenir du mouvement. Et quand je vois une bête, j’exécute le mouvement qu’elle fait, je l’ébauche en moi et c’est dans la mémoire de mes muscles plus que celle de mes yeux que je retrouve ce mouvement.»
Sculptures (Editions Hesse)
«La sculpture est un agrégat de sensations. Ce n’est pas une sensation unique. Il faut avoir vu l’animal un peu de tous les côtés et, bien sûr, c’est rarement le même individu, jamais la même position. Il y a donc un travail d’arbitrage assez délicat. Une sculpture est beaucoup plus élaborée qu’une gravure qui est plus immédiate.»
Sculptures (Editions Hesse)
Robert Hainard, graveur:
«Je déteste l’art abstrait tant qu’il n’est qu’abstrait, et j’estime que mon travail est en même temps très réaliste et très abstrait, car je cherche la nature dans toute sa complexité, toute sa richesse, la bête sauvage dans ce qu’elle a de plus insaisissable. Alors je me mets à l’établi et je fais un calque… Il y a le bois bien raboté, le tranchant de l’outil étroit comme l’abstraction. Tout cela doit retourner à la sensation. Je pense que la tension des inconciliables, c’est la tension existentielle que je trouve dans cette volonté de concilier la nature dans toute sa richesse sensorielle et un travail très réfléchi et artisanal…»
Entretien sur la gravure (Editions Hesse)
«Rien ne me paraît vraiment réalisé, qui ne soit gravé. J’y trouve bien des raisons : le goût du travail manuel, une hérédité horlogère ; l’amour du bois et de l’outil tranchant, de la taille ; des combinaisons ingénieuses, du travail net et franc, dans une matière ferme. Une sensibilité tactile et musculaire, toute mêlée à la sensibilité visuelle. Ces éléments-là ont peut-être bien été déterminants dans ma vocation première de sculpteur sur bois. Le façonnage du bois est un des plus naturels qui soit, il s’accommode le mieux d’instruments très simples et presque primitifs. Un couteau peut y suffire. Le bois est ferme sans être d’une dureté inhumaine.»
Défense de l’image (La Baconnière)
Robert Hainard et la nature:
«Toute ma vie, je me suis fait du souci pour la nature. Dans l’immédiat, j’avais peut-être raison, à long terme, j’ai sûrement tort. Nous avons plus besoin de la nature qu’elle n’a besoin de nous. Peut-être pouvons-nous lui infliger des dégâts irréparables comme exterminer quelques-unes de ces espèces sur la genèse desquelles nous n’avons que des hypothèses bien peu satisfaisantes. Dans la durée, elle aura le dernier mot ou plutôt celui qui ne sera jamais le dernier. Elle est le grand Tout qui étale, amortit les secousses que nous pouvons causer.»
Images du Jura sauvage (Tribune Editions)
Bibliographie de Robert Hainard:
Et la nature ? Hesse, 1994
Le Miracle d’être, Le Sang de la Terre, 1997
Les Mammifères sauvages d’Europe, Delachaux & Niestlé, 1997
Défense de l’image, La Baconnière, 1987
Chasse au crayon, La Baconière, 1969
Expansion et nature, Le Courrier du livre, 1972
Les réserves naturelles de Suisse, Avanti, 1974
Croquis de terrain, Payot, 1975
Quand le Rhône coulait libre, Tribune Editions, 1989
Philippe et Eugénie Hainard, La Baconnière, 1980
Le Guetteur de lune, Hermé, 1986
Images du Jura sauvage, Tribune Editions, 1987
Le Monde sauvage de Robert Hainard, Duculot, 1988
Nuits d’hiver au bord du Rhône, Tribune Editions, 1988
Croquis d’Afrique, Hesse, 1989
Germaine Hainard-Roten, Tribune Editions, 1990
Le Monde plein, Melchior, 1991
Sculptures, Hesse, 1993
La méthode de mon père, Nicolas Junod, 1994
Entretien sur la gravure, Hesse, 1998
Chœur de loups et autres histoires d’ours, Slatkine, 1999
Herbier alpin, herbier divin, Slatkine, 2004
Livres sur Robert Hainard:
Robert Hainard, par Maurice Blanchet, La baconnière, 1985
Robert Hainard. Les Estampes, par Valentina Anker (3 tomes, 1982, 1983, 1996)
Robert Hainard, peintre et philosophe de la nature, par Roland de Miller, Le Sang de la Terre, 2000
Témoignages autour de Robert et Germaine Hainard, Melchior, 1991
La Trace, par Nicolas Crispini, Slatkine, 1996
Le Cercle rouge, par Stéphan Carbonnaux, Hesse, 2003
Robert Hainard, chasseur au crayon, par Stéphan Carbonnaux, Hesse, septembre 2006
_________________
Prend le loup pour frère car il connait l'ordre des forêts

L'esprit suit-il une trajectoire chaotique déterministe ?